Seulement je vous ai promis que grâce à vous, grâce à nos souvenirs je serais heureuse et ce n’est pas en fleurissant le cimetière de mon cœur que j’y parviendrai. Je ne concrétise pas non plus ta plus grande crainte, celle de te quitter pour ton Ami, de te blesser en l’embrassant. La vie nous a séparés, je n’en suis pas responsable, toi non plus. Pascal a perdu un Ami très très cher, moi un Amour aussi cher. Nous avons combattu notre souffrance ensemble, jour après jour depuis bientôt six mois. Notre profonde douleur de votre absence nous a unis solidement. Tu m’as offert un superbe livre d’Amour il y a deux ans, je l’ai lu avec simplicité, je l’ai rempli avec bonheur, j’en tourne souvent les pages pour le relire, ce qui prend malheureusement peu de temps vu leur trop faible nombre. Seulement un jour il faut en fermer la couverture et le ranger. Une fois le dernier chapitre achevé, bien malgré nous, rien ne sert de conserver ce beau livre ouvert sur des pages irrémédiablement blanches. Pascal m’a aidé dans la douleur à relier cet ouvrage, à organiser les chapitres, à mettre les moments forts en caractères gras (inutile de préciser que tout le livre est en caractères gras). Et aujourd’hui je décide de le refermer avec lui, bien évidemment. J’aurais pu tourner la dernière page plus tard, avec quelqu’un d’autre, peut-être, mais seul Pascal peut comprendre mes annotations, mes envies de rouvrir parfois ce beau roman, seul Pascal peut comprendre et accepter ce qui nous relie encore, le lien qui unit nos deux familles, mon amour pour Benjamin et Violette. Donc avec Pascal je veux fermer la porte de notre cimetière afin que la nature repousse sur toutes ses ruines. Dans quelques temps cette partie de mon cœur ne sera plus macabre, mais verdoyante. Les herbes seront belles, les fleurs et les arbres aussi car ils auront pour engrais, pour racines, vos souvenirs, vos fabuleux sourires et vos sentiments d’amour sincères et honnêtes. Ainsi je sais que je n’effectue pas un dangereux transfert empli de comparaisons issues de fatals regrets. J’ouvre un autre livre, j’ai choisi celui qui était devant moi car le titre me plaît, il est joliment et plus que gentiment ornementé. Rien que de voir ce livre sur ma table me réchauffe le cœur, alors pourquoi aller en chercher un autre? La seule comparaison que je me suis offerte tient dans la présentation de ces deux beaux ouvrages, dans le regard qu’ils me portent. En effet, seuls vos regards sont similaires, gorgés de sincérité, de joie portés sur mon visage. Quant au reste, je ne chercherai aucune similitude, je me laisse le temps de découvrir son corps, son esprit, sa douceur exquise, comme je l’ai fait avec toi. Je ressens pour la première fois le sentiment profond d’être en paix avec ce passé cauchemardesque. Passé que je ne vis plus ce matin comme un horrible cauchemar duquel je souhaite sortir, mais comme un très lourd épisode de ma vie.