Une étrangeté puissante, assommante m’a envahie, me tient sous son joug, me rend muette de désespoir, vide de vie, vide de sens aussi. Le corps dénué de sens, dépouillé de ce qu’il possédait si chèrement (chairement). Anéantie, comme si un bloc de granit avait roulé sur moi. Tout s’est effondré, un abîme s’est creusé en moi et autour de moi : tu n’es plus là. L’espoir n’est plus permis. Tu m’avais remplie, comblée. Ta perte me retire tout, brutalement, privée de l’épanouissement que tu m’avais apporté. M’arracher à ce que ta présence en moi m’avait donné. Si violemment, c’est sans mesure, je perds tout sans nuance, sans discernement. Mon enfant qui a à peine vu le jour, pas même son troisième printemps. Je n’ai pu te secourir. Je voudrais me révolter mais ne le puis, l’abattement est extrême. Il n’y a plus rien à dire: mon vocabulaire est aussi pauvre que ma désolation. Une peine à devenir folle. Je te garde en moi comme un secret blessé, désormais. Je regarde autour de moi : le silence m’engloutit, les objets s’estompent, mon corps se dérobe. Aucun point de repère, aucun lieu nulle part, le silence est en moi. Attendre. Le choix est simple, je sais, maintenant je dois ou bien travailler ou bien désespérer.